Grande noirceur

De Archives de Gardelance

La Grande noirceur est le nom donné aux quatre années qui suivirent l'explosion de la Plaie-Monde entre 624 et 627 AGD. Cette époque marqua l'apparition des ombres véritables et l'effondrement du royaume des Terres du centre.

Certains nomment aussi cette époque « les Septs cloches du Désespoir ». Selon cette théorie, à sept reprises des efforts importants furent organisés pour rétablir l'Ordre mais se sont soldés par des échecs retentissants. Aucun ne s'entend exactement sur ce qui correspond à ces « cloches » mais les plus souvent citées sont :

  1. la libération de la Plaie-Monde
  2. l'effondrement de l'ordre social
  3. l'impossibilité à voyager sur les routes
  4. le repli des cités et des nations sur elles-mêmes
  5. l'émergence des factions et la vassalité des faibles envers elles
  6. l'apparition des ombres véritables
  7. la décadence de la Main de givre
  8. le Silence des Dieux


La libération de la Plaie-Monde

D'après la légende, le dieu du Chaos aurait été enfermé dans le cadre de guerres divines passées et pour la plupart oubliées. Sa libération inéluctable aurait projeté une parcelle de son essence - de l'énergie nihiliste pure, aussi appelée Plaie-Monde - sur la région qui devint la geôle du Seigneur noir. Au coeur de cette geôle se trouvait un point d'ancrage liant les Terres du centre au plan abyssal où Seth lui-même résiderait.

Auros, un flagelleur mental à la puissance inimaginable désirait s'approprier la puissance résiduelle du Seigneur noir. Avec son armée formée d'elfes dorés, de skavens et de combattants de la Plume noire, il se rendit jusqu'à la geôle du Seigneur noir. Même les prêtres de Seth tentaient de s'opposer à lui sentant que l'énergie de leur Dieu ne devait pas être maniée par un être indigne. Accompagné de Maître Varog, le flagelleur mental avait développé des techniques rituelles permettant de contrôller la Plaie-Monde.

Lorsque Auros procéda à son rituel, il n'était nullement prêt à gérer la concentration d'énergie nihiliste pure qui se trouvait enfermée dans la geôle du Seigneur noir. Il y eut un énorme bruit sourd, suivi d'une explosion qui assombrit le ciel de l'ensemble des Terres du centre. La Grande noirceur était commencée.

L'ensemble des régions où se trouvaient des concentrations de Plaie-Monde furent instantanément rasées : la geôle du Seigneur noir, le village d'Ellor en Valion, la ville d'Aranil à Rivadel. Seule Gardelance, pour qui la Main de givre avait érigée des protections évita la destruction. Une source d'énergie magique pure, Capucine Bravephin, qui se sacrifia au moment fatidique contint la Plaie-Monde. Si la région ne fut pas rasée, la plupart des habitants et aventuriers manquent à l’appel, sans pour autant que des cadavres aient été retrouvés.

La déchéance de la Main de givre

Alors que la Plaie-Monde ne cessait de se répandre sur les Terres du centre, la Main de givre, dont la mission avait toujours été de protéger l'intégrité du continent, organisa une consultation des plus grands experts arcaniques et cléricaux. Ils revisitèrent les procédures que Maître Varog avait mis sur pied alors qu'il était dominé par Auros. Au bout de deux semaines passées en vase clos, une solution fut atteinte.

Bien que le rituel exact demeure un mystère, plusieurs spéculent qu'il impliquait qu'une Source telle que Capucine Bravephin pénètre dans le coeur de la geôle du Seigneur noir. Lorsque la solution fut proposée, quelques unes des nations levèrent la main et s’attelèrent à rassembler les composantes, alors que d'autres étaient trop aux prises avec les problèmes de la Noirceur et préférèrent se replier sur elles-mêmes. C'est aussi à ce moment que Arno Rhéaume, un haut gradé de la Main de givre, déserta en manifestant son opposition.

Si se frayer un chemin dans la Geôle est une tâche immensément difficile, l’expédition comportait une force de frappe qui marquait l’imaginaire. Non seulement l’ensemble des archimages du Conseil des dix de la Main de givre participaient, mais même leur dirigeant, Déméther Aristan, sortit de l’ombre pour prêter main-forte. Accompagnant les archimages, on retrouvait les meilleurs rodeurs de la province de Satila, les meilleurs soldats de Coeur-Flamboyant et une congrégation de guérisseurs mandatés par Nazedil Va'an. Le tout accompagné d’une Source.

Les détails de leur expédition restent à ce jour nébuleux. Les rares survivants racontent qu’au regard de leur force de frappe, il fut relativement aisé de se tailler un chemin dans la geôle du Seigneur noir. C’est lors du rituel que les événements prirent une tournure pour le pire. Après plusieurs jours de rituel, les archimages revinrent de leur expédition et se dirigèrent vers l’École Arcanique – leur lieu de résidence d’antan. À l’aide de sortilèges interdits, ils massacrèrent les mages résidents et prirent les lieux sous leur contrôle le transformant ainsi en la base d’opération de leur Congrégation sombre.

Le Silence des Dieux

L’échec de l'expédition vers la geôle du Seigneur noir eut des répercussions catastrophiques pour le reste des mages du royaume. Peu de temps après l’expédition, une rumeur sourde, puis de plus en plus forte, se répandit comme une traînée de poudre dans le continent : les prêtres avaient maintenant énormément de difficulté à entrer en contact avec leurs dieux. Les sortilèges qu’ils utilisaient traditionnellement fonctionnaient, mais les procédures rituelles étaient constamment couronnées d’un échec – d’une absence de réponse. Les prêtres disaient ne plus être écoutés ni guidés par leurs dieux, comme si ces derniers avaient perdu la capacité d’influencer le plan primaire.

Lorsqu’il fut confirmé que l’événement n’était pas isolé, mais bien globalisé, une vague de hargne sociale fut dirigée envers les mages, les responsables perçus de l’expédition et de ses conséquences. Des prêtres réclamant vengeance, supportés par les priants de leur église – paysans, soldats et bourgeois – se mirent à chasser et brûler au bucher les mages de l’ensemble du royaume. Les mages sont maintenant ostracisés et chassés de la plupart des agglomérations urbaines. Ils sont haïs pour avoir mis les pieds là où aucun mortel n’aurait dû mettre les pieds : le royaume des dieux, où le coeur de la geôle du Seigneur noir menait potentiellement.

L'effondrement de l'ordre social

Dans un premier temps, on assista au repli des cités et nations sur elles-mêmes. En effet, dans les moments de panique sociale, il est courant de prioriser la survie des siens à celle des autres. La famille est priorisée au voisinage, et le voisinage aux habitants des villes adjacentes.

L'ensemble des nations furent obligées à se replier sur elles-même afin d'assurer leur survie immédiate. En quelques semaines, la totalité des routes commerciales et passantes des Terres du centre devinrent impraticables. Seuls des contingents de plus de 100 soldats aguerris arrivaient à couvrir de courtes distances. Ce fut la fin pour les services de courrier. Rapidement, toute communication inter-nation devint impossible.

Les armées traditionnelles se révélèrent bien vite inadéquates face à la menace des ombres véritables, omniprésentes dans l'ensemble du continent. Les sociétés traditionnelles, appauvries par l'absence du commerce, rongées par la paranoïa et essoufflées par le désespoir ambiant, ne purent assurer la survie des leurs.

L'émergence des factions

Sans le berceau de la civilisation et la présence rassurante des divinités, il fallut se tourner vers les entités surnaturelles n'étant pas couvertes par le Décret supérieur. Tel que l'avait annoncé les adeptes de l'Oeil aveugle, seules ces dernières étaient capables de faire face aux manifestations cauchemardesques d'ombre et de néant.

Prêtres et inquisiteurs cherchent un exutoire pour compenser le silence de leurs patrons. Elfes et demi-elfes sont souvent ostracisés par leur parenté lointaine avec les elfes dorés de Valion. Des figures de proues de l'ancienne civilisation se retrouvent à la tête de groupes de mercenaires impitoyables et égoïstes. Les milices locales sont aussi inefficaces que corrompues. Villages et hameaux sont constamment rasés lorsque trois ou quatre ombres majeures attaquent simultanément. La tâche qui incombe aux factions est gargantuesque. Toutefois, pour le moment, aucune autre alternative viable ne semble disponible.

Les habitants des Terres du Roy se tournèrent principalement vers Nazedil Va'an et son inquisition. Au cours de l'année précédant la Grande noirceur, le grand inquisiteur s'était révélé être davantage qu'un mortel particulièrement puissant et influant. Ayant une forte armée située en Coeur-Flamboyant particulièrement apte à combattre les créatures de l'ombre, nombreux sont ceux qui quémandèrent leur protection et demandèrent de joindre leurs rangs.

Les provinces du nord-ouest du continent se tournèrent vers Samaël, qui avait établi quelques mois avant la Grande noirceur son château-fort en Osphélia, plus précisément Pied-de-Cochon.

Plusieurs habitants des Terres du Roy et de Satila trouvèrent refuge à Bénévent, où les quartiers généraux de l'Oeil aveugle étaient situés. Bien que les fidèles du Grand oeil parcourent l'ensemble du continent afin de coordonner les efforts de survie de tous et chacun, leur influence est particulièrement importante dans la ville du maire Alastaire de Port-Tordu.

Partout dans le continent, paysans et prêtres de Gaïa sans réponse de leur déesse se tournèrent vers les Dames de la Forêt. La rapidité avec laquelle la région de Gardelance avait repris vie fut racontée à travers le royaume, mettant l'emphase sur le rôle important que les Dames avaient joué dans la régénération de la végétation flétrie. Malgré un ciel qui s'est considérablement assombri, plusieurs disent sentir l'air d'autrefois dans les régions bénies par ces entités mystérieuses.

Bien que les habitants des Terres du Roy se soient initialement repliés vers l'Inquisition de Va'an et l'Oeil aveugle, une tierce faction prit racine dans ces régions. En effet, non content de devoir dépendre d'entités surnaturelles aux objectifs souvent voilés, l'ancien gouvernement de Coeur-Flamboyant créa la faction des Hommes du Roy : une organisation dont l'objectif est de rétablir progressivement la société sur le continent. Cette faction se prime de n'être sous l'égide d'aucune entité extraplanaire, et considère qu'une structure sociale forte peut offrir les mêmes avantages que ces entités en termes de survie. Les Hommes du Roy répondent directement aux commandements du Roy Lucius Vielgorne et son intendante, Isalïel Tholambrar.

D'autres factions s'imposèrent autrement que par leur force militaire. Suite au repli des Frères d'acier en Valbirin, le Regroupement indépendant des marchands et artisans devint la principale organisation commerciale encore capable de faire de l'importation et de l'exportation. En effet, lors de la naissance de la faction, leurs opérations étaient supervisées par Isabella Scarlett, dont la flotte permettait de contourner les routes terrestres hasardeuses. Toutefois, quelques mois après la création de l'organisation, les mers se couvrirent d'un encre sombre et visqueux, rendant la navigation marine tout autant impraticable que le déplacement terrestre. De plus, l'assombrissement des mers coïncida avec la disparition de la corsaire. Depuis, le RIMA oeuvre à faire ré-ouvrir les routes commerciales - une tâche dont l'ampleur est souvent décourageante.

Deux factions ancrées dans la spiritualité et la magie émergèrent également. Le Magus Dei fut créé par Arno Rhéaume suite à l'échec de l'ancienne Main de givre et l'ostracisation des mages à travers le continent. Ensuite, les Ciganos, une faction à l'idéologie nomade, se fit rapidement connaître par leurs talents divinatoires. Nul ne sait d'où ces talents proviennent, dans la mesure où même les adeptes de Mystaril tardent présentement à avoir des visions. Dans un monde où l'incertitude et le risque règnent, prévoir ne serait-ce qu'un tant soit peu l'avenir est un atout considérable.