Le Grand Passage

De Archives de Gardelance

La présente théorie fait état d'un projet de recherche réalisé conjointement par Guillaume d'Ockham, grand érudit de la sainte église de Yahvé et Cosmologue émérite de la Main de givre, Michel Quételet, prêtre d'Anubis, et Adolphe Foucault, prêtre de Mystaril dévoilé en 599 AGD.

La Théorie intégrative de la mort et du destin fut présentée à Guillaume d'Ockham par Michel Quételet lors d'un beau matin de mois de Doy. Trouvant d'emblée sa proposition audacieuse, Guillaume d'Ockham lui demanda si elle était basée sur davantage que des rêveries. Il lui répondit qu'à ce stade préliminaire, les observations étaient encore à faire. Heureusement, leur ami et collègue Adolphe Foucault s'avérait être un expert de l'observation et de la documentation de phénomènes métaphysiques. C'est ainsi qu'ils débutèrent ce projet de recherche qui s'étala sur plus de 5 ans. Les résultats ne furent pas moins que révolutionnaires.

Le présent document ne propose qu'un survol de la théorie du Grand passage. Pour un rapport détaillé des observations sur lesquelles elle repose, veuillez consulter les Annexes méthodologiques de La théorie intégrative de la mort et du destin, par Adolphe Foucault, Grand archiviste de l'église de Mystaril.

Le Grand passage

On réfère au Grand passage comme le processus inéluctable par lequel toute âme doit passer lorsque le corps physique de son hôte décède. Bien qu'originellement, certains prétendaient que le dieu du défunt se prévalait de cette tâche, des observations démystifièrent rapidement cette croyance. En effet, le Grand passage s'opère exactement de la même façon pour les croyants et les athées. Il en est de même pour deux croyants de religions différentes, ou entre un prêtre et un croyant d'une même religion. Cette absence de différences indique que la même entité est responsable du passage de tous et chacun, peu importe leur allégeance : Anubis.

Nul ne peut prédire avec exactitude où l'âme du défunt finit suite au Grand passage. Les yahvéites parlent de paradis, alors que les kardosséens réfèrent à la Forge. Une chose est certaine : dès que le grand passage s'effectue comme il se doit, l'âme a droit à la paix et au repos éternel.

Plusieurs procédés documentés peuvent mettre en péril le passage de l'âme vers le repos. Le plus documenté est certainement la magie nécromante, plus particulièrement le sortilège de réveil du mort-vivant et les rituels de profanation. Nous avons également documenté que les malédictions des démons, sorcières, djinns et autres entités puissantes pouvaient inhiber le grand repos. Nous avons même documenté un poison aussi sombre que Seth lui-même, nommé la Goûte des abysses, qui détruirait non seulement le corps physique, mais également l'âme de sa victime.

Dans tous les cas énumérés ci-dessus, il ne fait aucun doute que l'âme est en constante souffrance, forcée d'habiter un organisme dénaturé ou à errer sans corps dans un plan matériel n'étant pas fait pour l'accommoder. Nous avons toutefois documenté un phénomène différent où l'âme erre quelques minutes pour ensuite réintégrer son corps, et ce, sans le support d'un médecin ou d'un prêtre ayant accès à des sortilèges de bénédiction.

Le Petit passage

Contrairement au Grand passage, qui est universel pour tous les défunts, le Petit passage n'est pas vécu par l'ensemble des individus. Certains feront directement le Grand passage dès que leur âme quittera leur corps, sans seconde chance.

Les observations suivantes ont été réalisées quant au Petit passage :

  1. Plus un individu a vécu de Petits passages, plus il est susceptible de faire le Grand passage lorsque son corps sera mal en point.
  2. Plus un individu est âgé, moins les Petits passages sont probables.
  3. Les chances de se faire accorder un Petit passage semblent plus élevées chez les individus d'exception, ayant des vies actives et dangereuses, que chez les gens « sans histoire ». Il est toutefois possible que ce soit là un biais d'échantillonnage et non un lien réel.

Armé de ces observations, Michel Quételet retourna dans ses méditations, pour arriver un mois plus tard avec la théorie intégrative finale. Cette dernière va comme suit :

« Il m'est alors apparu qu'Anubis était en primauté le patron du destin. Moi qui l'avait avant tout cru dieu de l'au-delà, je réalisai que le destin était sa principale fondation. En effet, le Passeur possède un grand livre dans lequel est inscrit le destin de tous les mortels : leur enfance, leurs joies et leurs peines, leurs réalisations et la façon dont ils trépasseront. Le destin étant excessivement complexe, il arrive que des événements imprévus par le Grand livre surviennent. Anubis étant un dieu rigide tenant avant tout à ce que le plan de son livre soit respecté, il lui arrive de décliner un décès lorsque le mourant n'a pas accompli le destin qui lui était initialement réservé. Dans ce cas, il renvoie l'âme du défunt dans son corps, le ramenant à la vie et lui donnant ainsi une seconde chance (le Petit passage). Toutefois, au fur et à mesure que les Petits passages s'accumulent, Anubis se demande si le Grand livre ne s'est simplement pas mépris quant au destin de l'individu. C'est alors que les risques de Grand Passage augmentent largement. » - Michel Quételet, dans l'ouvrage intitulé La théorie intégrative de la mort et du destin

Le Grand livre est le concept structurant de toute la théorie exposée ci-dessus. Il explique pourquoi les individus âgés vivent plus souvent le Grand passage : soit parce qu'ils ont vécu auparavant des Petits passages, soit parce que leur ligne de destin est déjà accomplie. Il explique également pourquoi les individus d'exception se voient plus souvent octroyer une deuxième chance : leur destin étant complexe, une mort prématurée implique une dérogation majeure au plan maître d'Anubis. Dans le cas des individus sans histoire, la dérogation est mineure et ne justifie pas une intervention divine.

Le principe des destins parallèles

Une seule question subsiste : comment se fait-il, assumant que la mort de l'individu soit due à des bourreaux et non un accident naturel, que lesdits bourreaux ne retournent pas terminer le travail suite à un Petit passage ? Après tout, il serait logique que les personnes responsables de la mort d'un individu tentent de le remettre à mal s'ils l'aperçoivent parcourant joyeusement les rues du quartier.

C'est là que le principe des destins parallèles intervient : lorsqu'Anubis accorde un Petit passage, il déroge uniquement au destin du mourant – pas à ceux des bourreaux. Ces derniers continuent alors leur vie, pensant que « le problème est réglé ». Quant au mourant, il perd la mémoire, comme toute personne ayant été au seuil de la mort. Ainsi, une sorte de pacte de non-agression les lie, leur permettant chacun de compléter leurs destins respectifs, tel qu'inscrit dans le Grand livre d'Anubis. Ceci dit, il n'est pas garanti que le mourant et les bourreaux ne s'affronteront jamais dans le futur; en effet, il est possible que le destin ait une confrontation à l'horaire, plusieurs années plus tard.